FAIRHEAD

Impossible de me souvenir comment l'Irlande du Nord est apparue sur nos radars. La seule chose dont je sois sûr c'est que l'idée est venue alors que nous étions encore sur le sol islandais. Nous avions envie de repartir ensemble, de continuer à fouiller les spots délaissés de la planète, de pousser un peu plus le vice. Pas si simple après la folie islandaise.
L'Islande avait comblé notre soif de dépaysement, de paysages lunaires et d'escalade atypique. Nous avions poussé loin le curseur de l'inconfort et de l'insolite. L'Irlande du Nord nous semblait un moyen de rééquilibrer les curseurs. Réduire l'espace laissé à l'aventure et à l'inconnu au profit d'une escalade un peu plus balisée. Enfin… ça c'était sur le papier.

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AU NORD, TOUJOURS PLUS AU NORD
Après un voyage étonnamment calme et réglé, je rejoins Florence, Gérôme et Adrien en plein cœur de Dublin. Nous dégotons une chambre pour la nuit et partons aussi sec enfiler nos premières pintes de bières. Dublin ne déroge pas à sa réputation, la bière est une religion, à tel point que nous fuyons le comptoir plus vite que prévu, effrayés par tant de litres de Guinness. Premier but du voyage. 
Le lendemain nous prenons donc la route de bonne heure, étonnamment frais. Les voyages se suivent et ne se ressemblent pas. 

L'Irlande regorge de spots de grimpe disséminés sur le territoire. Pour la quasi totalité il s'agit de sites de trad à la sauce britannique, comprenez, totalement démunis du moindre équipement et bien loin du single crack facile à protéger. Toutefois, un site a vite retenu notre attention : une barre de dolérite (roche volcanique) haute d'une centaine de mètres et longue de plusieurs kilomètres, faisant face à l’Écosse, aux confins de l'Irlande du Nord.
Le Fairhead. Un nom à vous faire claquer des miches. Rassurez-vous, il n'y a pas que le nom…

Adieu le trèfle à quatre feuilles, nous quittons donc Dublin pour le nord. Nous passons la frontière puis Belfast sans encombres ni contrôles, la période des Troubles est bien loin. La route continue vers le nord, toujours plus au nord. 
Après quelques heures, le fourgon s'arrête au port de Ballycastle. Impossible d'aller plus loin, c'est le point le plus septentrional du pays. Ici on quitte la modernité de Dublin pour ne garder que l'essentiel : la bière, le folk et le fish'n'chips. Au large se dresse fièrement la barre du Fairhead. Le spot est imposant, bien plus qu'on ne l'imaginait.  

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SEAN THE FARMER
Sean est la première personne que nous rencontrons au Fairhead. Mais c'est également le premier cru du voyage, son accent incompréhensible est le pire que nous ayons entendu, juste après celui de notre ami Pouvreau. Aussi incroyable que cela puisse paraître, Gérôme fut d'ailleurs le seul d'entre nous à pouvoir dialoguer avec ce gentil bonhomme irlandais. Sans la bienveillance de ce fermier, l'escalade n'aurait jamais pu se développer au Fairhead. Il accorde l'accès sur ses terres surplombant les différents secteurs, sous réserve que les grimpeurs respectent le calme des troupeaux de brebis, et propose même pour quelques livres un camping au milieu d'un village en ruine. 

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Une fois le campement jeté au milieu des ruines, nous partons découvrir au plus vite le spot. Les cinq kilomètres de falaises tombent dans l'Océan, l'accès se fait donc depuis le haut, après quelques petites minutes de marche au milieu des champs. 
Nous nous jetons sur le premier secteur accessible : The Prow. Des orgues raisonnablement inclinés, à l'abri du vent et parfaitement orientés au sud, en font un secteur classique et idéal pour découvrir le trad irlandais. 
En bon frenchies, nous descendons au pied de la falaise par une faille et évitons ainsi notre premier rappel à la sauce Irish. Oui… il n'y a pas de relais non plus au Fairhead. 
Nous décidons de rester humbles, quelques E25A suffiront à nous faire transpirer émotionnellement. 
Les premières heures au Fairhead sont fabuleuses, la pose des protections s'avère relativement évidente et, de la météo capricieuse nous ne verrons que la douceur d'une fin de journée ensoleillée, à l'abri du vent. Ça n'allait pas durer.  

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IRLANDE… DU NORD
Le lendemain nous posons nos sacs au pied d'un nouveau secteur, bien décidés à enfin passer aux choses sérieuses. Adieu les tropiques, cette fois-ci la barre est encore à l'ombre, fouettée par le vent et les accueillantes fissures de la veille font place à des dalles géométriques, laissant supposer que le placement des protections sera moins aisé. E46A. Sur le papier rien d'insurmontable, et suite logique de l'évolution du parfait petit grimpeur de trad irlandais. Oui, mais. Nous comprenons vite… que nous ne comprenons rien.
Gérôme joue le fusible et s'élance en premier, armé d'une demi tonne de friends, coinceurs, excentriques et autres bibelots inutiles. Après cinquante mètres d'escalade et un final torride dans une fissure, on comprend que la descente ne sera pas plus évidente que la montée. Il se rétablit sur le plateau puis désescalade, hésite, remonte à nouveau et finit par crier : « Descends moi doucement Flo, ça craint… ». Arrivé au sol, Gérôme nous explique qu'il n'a rien trouvé de mieux qu'un mauvais bout de fer planté dans l'herbe pour établir son relais. Welcome in Ireland.  
Je crois que c'est là, à ce moment précis, qu'on a compris. Compris qu'on avait changé de jeu, que rien ne serait anodin une fois le pied décollé du plancher des moutons. 
Pour l'escalade balisée on repassera. 
On quitte le pilote automatique pour reprendre les commandes. Florence et Adrien n'en mènent pas large avant de partir à leur tour dans la voie mais savent à quoi s'en tenir. Il faut serrer les miches et s'appliquer. L'escalade en Irlande n'est pas le même jeu, il ne suffit pas de serrer les prises, il faut prendre le temps de réfléchir à son itinéraire, protéger sa progression, savoir en garder sous le pied et engager intelligemment. 
Sous son célèbre bonnet, Gérôme mène la danse et décide de partir dans un nouveau E46A. Après tout, peut-être que le premier n'était qu’un mouton noir sous-côté !
Bis répétita. Gérôme engage plus que de raison, s'applique et se rétablit finalement au sommet après un bon gros combat… E46A… Florence et Adri iront, mais en moulinette ! 
Deuxième but du séjour. 

Ah si, j'oubliais… la barre n'est jamais passée au soleil. 


ACCLIMATATION
Jour après jour, bière après bière, le Fairhead nous livre son caractère et ses secrets. Nous prenons le pli, acceptons de revoir notre copie et nos ambitions. Nous apprenons à faire des relais propres au sommet avant de se lancer tête baissée dans l'escalade. Certains d'entres eux resteront dans les mémoires, comme le relais de « primal scream », nécessitant soixante mètres de stat pour trianguler deux mauvais blocs et un friends placé dans une fissure. 

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Primal scream, probablement l'un des itinéraires les plus exposés du Fairhead. Une immense dalle, aussi attirante qu'impossible à protéger. Une variante permet d’apprivoiser la bête et de shunter les vingt premiers de solo par une grande traversée depuis la fissure de droite. C'est cette version que Gérôme décide d'aller visiter en fin de journée. Cette fois-ci interdiction de faire le fou, la méthode locale prend tout son sens : d'abord repérer la voie en moulinette, caler les méthodes et surtout déchiffrer le casse-tête des coinceurs. Car c'est bien là tout le jeu du trad, la difficulté de l'escalade n'est qu'une part du gâteau, la plus grosse difficulté étant souvent la pose des friends ou des coinceurs pour éviter de faire un retour à la case départ.  
Gérôme défriche assez vite l'affaire et pose son diagnostic : « c'est pas très dur, peut-être 7A, mais c'est du solo… ». Pas étonnant que Sir Honnold ait choisi d'enchaîner la voie sans corde, au moins il n'y a pas d’ambiguïté. 

Bien que leur nombre soit inversement proportionnel à celui des moutons, nous apercevons quelques rares grimpeurs. Un soir nous faisons la marche retour vers le campement avec plusieurs d'entre eux. Ils sont irlandais, originaires de Belfast pour la plupart, et habitués du Fairhead. Ils nous racontent qu'ils ont observé, amusés, notre façon d'éviter méticuleusement les rappels pour descendre squatter le pied de la falaise avec pique-nique, chien et thermos de café : « French style ». 
L'escalade ici traîne une certaine tradition, plus proche de l'alpinisme et de l'esprit aventurier que d'une pratique aseptisée sur des falaises surpeuplées. 
Mais l'escalade traditionnelle est élitiste, radicale et tout le monde n'a pas envie de risquer sa vie tous les dimanches. Cependant, Chris et les autres nous expliquent que les choses commencent à bouger, sortie des Troubles, une nouvelle génération de grimpeurs voit le jour. Plus attirée par le bloc et les voies sportives que par l'envie d'engager le steack à chaque fois qu'ils sortent les chaussons. À l'image de Ricky Bell, certains grimpeurs irlandais montent donc au créneau pour tenter de developper certains spots impossibles à protéger et donc délaissés par les précurseurs. Ricky, nous raconte qu'il a récemment réuni les anciens pour leur demander l'autorisation de planter les premiers spits. Les dieux du clean climbing commencent à plier le genou. 

Nous voilà bien avancés sur l'histoire de l'escalade en Irlande du Nord mais pas plus sur le sytème de cotation, malgré les bières, la logique so british nous paraît toujours aussi… illogique. Chaque débrief « bière/cacahuètes » tourne au pugilat dès que nous abordons la question des cotations. Difficile dans ces conditions de s'aventurer dans des voies plus dures sans risquer le bloody sunday ! 
Ricky concède qu'il ne peut rien pour nous, mais nous conseille quand même un célèbre E86C, Rockafella. 

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Je vous entends sourire d'ici : « Ah les fiottes, ils font du 6C… ». Avant toute réaction hâtive, prenez en considération la chose suivante :
Dans le cas de Rockafella, il s'agit (grosso modo) de faire un 8A de vingt-cinq mètres dont le crux est situé aux deux-tiers de la voie, juste au-dessus de deux friends relativement délicats à poser, eux-mêmes situés bien trop loin des précédents pour vous éviter de brouter le gazon s’ils venaient à céder en cas de chute… vous comprenez donc que le E86C c'est pas pour les fiottes !
Maintenant que nous parlons de la même chose, revenons-en à nos moutons :

Aux grands mots les grands moyens. Nous envoyons au turbin notre meilleur ingénieur relais pour sécuriser l'affaire, suivi de notre photographe fusible pour tester l'ensemble. Une fois la moulinette en place, chacun des grimpeurs peut alors tenter de rassurer son fort intérieur avant d'oser mettre un run, un vrai ! 
À chacun sa méthode, Adrien opte pour la célèbre méthode du « jacky testing ». Méthode inspirée de la NASA, qui consiste à se pendre de tout son poids sur un mauvais coinceur avant de secouer énergiquement jusqu'à rupture de l'ensemble. La mesure alors effectuée donne un indice d'engagement acceptable. Florence, elle, préfère tester ses protections en « moulitête », s'infligeant des vols absurdes pour convaincre son inconscient subconscient que son dernier jour n'est pas venu. Gérôme, quant à lui, plus pragmatique, décide de mettre un run et de ne pas tomber… au moins ça règle le problème. BIM. Premier E8 dans la besace pour les frenchies. 
Après avoir passé la journée pendu sur la stat à l'ombre et au beau milieu du terrible Grey man path… je savoure le retour par les crêtes, bercé par le soleil. À cet instant, notre seule inquiétude avec Adrien est de savoir dans quel ordre nous allons boire les 120 bières gardées patiemment sous l'oreiller dans l'attente de la première croix. 
C'était sans compter sur la folie Pouvreau…

TORPILLONS LE FAIRHEAD  
Gérôme s'arrête au beau milieu du chemin et pose son sac. Nous mettons quelques secondes à reconnaître l'endroit, nous sommes à l'aplomb de Primal scream. Florence se retourne vers nous, pas vraiment ravie : «  Gé veut mettre un run… ». Gloups… Nous sommes surpris que Gérôme trouve encore le courage pour se lancer dans ce combat psychologique alors qu'il vient déjà de plier Rockafella. Peu importe, on s'active pour remettre en place le relais puis Adrien et Gérôme descendent en rappel jusqu'à la vire intermédiaire et établissent le relais. Ils tirent le rappel, cette fois-ci il n'y a plus de filet. La lumière est dingue, les conditions sont idéales, l'un de ces moments parfaits où tout s'arrête, où seule l'escalade compte.
Gérôme s'applique sur chaque mouvement, il pose quelques protections séparées par de longs, très longs runouts… Le seul bruit est celui de mon déclencheur. Florence reprend sa respiration, Gérôme se rétablit, il vient de plier l'affaire sans sourciller. On n'aura pas assez de bières…

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Dès le lendemain, nous retournons au Grey man path, Florence enchaîne à son tour Rockafella, imitée dans la foulée par Adrien. Le jeu du trad devient terriblement addictif, et les croix sont d'autant plus euphorisantes. Ce sont nos dernières heures au Fairhead. Gérôme empoche Paralysed power E66B puis nous filons à Ballycastle, le traditionel Fish'n'chips. Pendant que des jeunes en combinaisons néoprènes se jettent dans l'eau froide du port, nous convenons d'une chose : l'Irlande du Nord nous aura poussés bien loin dans nos retranchements. Un pays où l'escalade transpire du caractère de ses habitants, entiers, caractériels mais tellement attachants. 

 

Un énorme merci à Ricky pour son inspiration, sa vison de l'escalade et son accueil, merci à Eamon et Kris pour la bande son et les bières partagées...merci à tous les Irlandais, the french guys will be back soon ! 

 

Merci à Petzl pour son soutien. 

 

DILEMME

A chaque printemps le même dilemme. La nature tarde à trancher et impose son rythme. L’hiver recule mais peine à laisser sa place à la douceur du printemps. L’organisation d’un trip en montagne se transforme généralement en un véritable cauchemar. Décortiquer la météo, espionner les webcams, appeler les indics et autres autochtones…On prend les skis? On part marcher? 

Trop de neige dans les Dolomites pour planifier un trek, pas assez pour skier, idem pour les Alpes du Sud...versant Sud, versant Nord...pluie, redoux...

Ras le Bol, nous prenons la route des Pyrénées. Nous connaissons les itinéraires par coeur pour les avoir parcours maintes fois. Peu importe…s’enfuir quelques jours en montagne avec un ami. Oublier la perpétuelle fuite en avant et le brouahah quotidien pour simplement penser à l'essentiel : mettre un pas devant l'autre et laisser l'esprit divaguer. Un grand tour du Carlit au milieu des névés aura confirmé notre théorie. Un bivouac idyllique, partagés avec les isards à peine effrayés par ses premiers bipèdes de la saison. Deux jours de marche à s’en fendre les mollets, à rayer les névés et traverser les courants d’eau de fonte. L’inconfort à parfois un gout de bonheur.

Alors peu importe l'excuse choisie pour partir en montagne: ski, trek, alpinisme ou escalade...finalement le bivouac à toujours la même saveur.

« Le bivouac est un luxe qui rend difficilement supportables, plus tard, les nuit dans les palaces » Sylvain Tesson

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ISLANDE

 Le vent maltraite nos tentes depuis notre arrivée sur les lieux quelques heures plus tôt. L’idée de sortir du duvet et d’abandonner mon dernier rempart contre le froid ne m’enchante pas vraiment, il va pourtant falloir s’y résoudre. Dehors, coincé entre l’Océan et un imposant massif rocheux, nous attend l’un des spots de grimpe les plus isolés de la planète. Au beau milieu du territoire Viking, à l’extrême Sud-Est de l’Islande, le chaos de bloc des Vestrahorn est probablement le site le plus incroyable qu’il m’est était donné de découvrir… l’excitation est générale, malgré le vent et le froid nous sommes prêts à affronter ce spot complètement fou ! 
Cette fois-ci, je crois que nous venons de trouver ce que nous sommes venus chercher en Islande.

Ce que nous sommes venus chercher c’est une nouvelle approche de l’escalade. Nous sommes des grimpeurs passionnés depuis de très longues années, arpentant les falaises à la mode et autres spots surpeuplés en quête de nouvelles voies à accrocher à notre palmarès. Mais cette pratique à ses limites et nous ressentons le besoin de sortir des sentiers battus, pour aborder la grimpe d’une autre manière. Avec Adrien, nous avons en tête de partir à la recherche de nouveaux spots, laissés dans l’oubli par la masse des grimpeurs. Nos compétences sont complémentaires, lui équipe des voies sans relâche et moi je trimballe mon appareil photo dans les nouveaux spots qu’il fait naître afin de les diffuser auprès du plus grand nombre. Ne reste plus qu’à trouver une équipe de grimpeurs prêts à nous suivre dans chacune de nos aventures.
Cette fois-ci, l’aventure est osée, nous le savons, l’Islande ne se laissera pas apprivoiser facilement et nous ne savons pas vraiment ce que nous allons trouver là-bas. L’île est bien connue des trekkeurs, photographes, surfeurs et autres amoureux de la nature, mais très peu de grimpeurs tentent l’aventure. Pourquoi ? Probablement à cause de cette météo capricieuse qui menace de compromettre votre trip en une fraction de seconde ou tout simplement à cause de l’absence de falaises dignes de ce nom. 
Peu importe, nous sommes sept grimpeurs européens prêts à vivre l’expérience islandaise. Florence, Danielle, Adrien, Gérome, Mathieu, Thomas et moi…nous sommes prêts à sillonner ses routes pendant 15 jours, serrés dans notre 4X4, à la recherche de nouveaux spots de grimpe ! 

Notre arrivée à l’aéroport de Keflavik est hors du temps, bercée par une lumière hallucinante à trois heures du mat. Un rêve de photographe... vite effacé par un violent retour à la réalité: la compagnie aérienne a perdu l’essentiel de nos bagages. Nous voilà donc bloqués à Reykjavík pour plusieurs jours, arpentant les rues et les bars de la ville, le moral chute rapidement. Peu importe, il faut rebondir, avec ou sans bagage nous décidons de prendre la route. L’appel des montagnes au loin est trop fort. Les grimpeurs islandais contactés avant notre départ nous donnent rendez-vous sur la falaise la plus développée de l’île: Hnappavellir. 
Scotchés aux vitres du 4X4, nous découvrons enfin cette Islande dont nous avons rêvé depuis des mois et comprenons assez vite ce qu’il nous attend. La terre fume de toute part, la pluie semble éteindre un immense brasier invisible. Les glaciers apparaissent au détour d’un virage et viennent mourir dans l’Océan. Tout semble irréel et démesuré. L’Islande nous apparaît: un équilibre naturel précaire où cohabitent volcans et glaciers, le feu et la glace. 
Notre voyage ressemble à une journée sans fin. Nous avons fait le choix de partir au mois de juin, période où les risques de pluie sont les plus faibles et les nuits quasiment inexistantes. C’est un avantage précieux qui nous permet de grimper jusqu’à plus soif, sans se soucier du reste. Après ces plusieurs jours de galères, notre découverte de la falaise d’Hnappavellir est boulimique. On passe de secteur en secteur, essayant toutes les voies que l’on peut, notre seule limite est la peau des nos doigts qui subit les assauts du basalte abrasif. Une nouvelle fois, nous sommes sidérés par ce que nous découvrons: la falaise est une immense langue basaltique oscillant entre dix et trente mètres de haut et longue de plusieurs kilomètres. Nous n’étions sûrs de rien avant notre départ, la surprise est donc saisissante. Le terrain de jeu est énorme.

Le soir, nous retrouvons nos amis islandais dans une cabane en bois construit au pied de la falaise par leurs soins. Parmi eux Eyþór Konráðsson et Valdimar Börjnsson, deux grimpeurs islandais extrêmement actifs dans le développement de l’escalade sur l’île. Le lendemain est l’occasion de découvrir le spot aux côtés des locaux. Valdimar tient à nous montrer l’un de ses projets : une voie qu’il essaye depuis plusieurs années. Malgré l’état catastrophique de ses doigts, Gérôme enfile ses chaussons, s’encorde et part dans la voie. Les essais s’enchainent et l’émulation monte, tous les grimpeurs se sont réunis au pied de la voie pour encourager les furieux falaisistes. Finalement, Gérôme enchaîne la voie dans un ultime run et libère ainsi « Kamarprobbi », qui devient la voie la plus dure d’Islande à ce jour.

L’échange avec les locaux est fabuleux, nous prenons nos marques et le soir venu nous nous retrouvons dans la cabane pour boire quelques bières et fêter la performance de l’après-midi Eytor nous parle alors d’un spot de bloc isolé à la pointe Sud-Est de l’île. Le site est encore confidentiel, aucun topo n’existe, mais Eytor répertorie méticuleusement tous les passages dans un coin de sa tête. Plus de deux cents blocs ont déjà été ouverts, mais le potentiel reste énorme. Nos yeux brillent. Ce spot de bloc nous en avons entendu parlé, il s’agit du chaos des Vestrahorn. Nous n’avions pas suffisamment d’infos pour nous y rendre seuls, mais voilà que sans le savoir, nous grimpons depuis deux jours avec les principaux acteurs de ce nouveau site. 

Nous suivons le 4X4 d’Eytor depuis plus d’une heure en direction de Hofn, un village de pêcheur isolé. Il nous a promis un arrêt dans des sources d’eau chaudes et un repas chaud. Promesses tenues, nous reprenons la route propre et le ventre rempli de la spécialité locale : le « lobster », une sorte de homard islandais. Il est 23 h, mais le jour est toujours présent, la fatigue aussi. Dans le 4X4 personne ne parle, nous accusons le coup. Après quatre jours de grimpe et de bivouac, nous rêvons secrètement d’un camping confortable et d’eau courante. Les 4X4 filent à toute allure sur la piste puis bifurquent brusquement en direction de l’Océan. La vision est irréelle, nos esprits peinent à faire le point, nous roulons à présent au beau milieu de l’Océan, traversant une lagune de plusieurs centaines de mètres. Personne ne parle mais les visages parlent d’eux-mêmes... aucuns blocs à l’horizon, seulement l’Océan à perte de vue et un massif brumeux salement austère. J’ai du mal à croire d’un camping 4 étoiles nous attend quelque part dans ce tableau. Nous reprenons une piste chaotique avant d’apercevoir d’autres véhicules garés au sommet d’une colline. Non loin, plusieurs personnes se serrent autour d’une immense cheminée de pierre, semblant avoir été construite par les Vikings en personne. De l’autre côté de la colline, le spectacle attendu est bien là, un immense chaos de bloc à perte de vue...
Nous posons nos tentes au beau milieu de nulle part et partons rejoindre les grimpeurs islandais au coin du feu. Le camping et le confort attendront, demain nous avons une grosse journée: Nous venons de trouver ce que nous sommes venus chercher en Islande… 

FREESKI

Cet hiver, pour la première fois, je me suis frotté à la photo de ski. Ça faisait un bout de temps que l'idée me trottait dans la tête. J'ai passé ces dernières années focalisé sur l'escalade, oubliant parfois qu'il est nécessaire de prendre le large pour revenir avec un oeil nouveau.

Comme en escalade, la photo de ski se mérite. Il est quasiment impossible de photographier ces activités sans être capable d'accéder aux spots, d'évoluer librement dans les univers qui les caractérisent. Au même titre qu'il est limitant de faire des photos d'escalade depuis le sol, la photo de ski ne se limite pas aux prises de vues depuis un hélico... il faut mettre le nez dedans. Ressentir les centaines de mètres qui monopolisent votre concentration et vous pèsent sur le baudrier, ressentir la pression monter au sommet d'une pente de neige, le plaisir de faire la trace dans un champ de neige fraîche...

Mais débuter dans ce type d'activité ne s'improvise pas, il faut un passeur, un guide. Le mien s'appelle Lionel, il est guide de haute montagne. Il fait partie de ces personnages atypiques qui peuplent nos activités, ceux qui transpirent la passion pour la montagne et vous immerge dès la première seconde dans leur univers. Donc, lorsque Lionel m'a proposé de le suivre pendant une semaine dans son fief du Val d'Aran, j'ai pas vraiment réfléchi... oubliant au passage que j'avais troqué mes skis pour une planche de snowboard il y a 15 ans et qu'il allait falloir repartir de zéro ! 

Heureusement pour moi, la semaine programmée avec Lionel était précédée d'un week-end en famille dans les Pyrénées-Orientales, dans la station du Cambre d'Aze. Ce fut l'occasion parfaite pour retrouver rapidement quelques sensations sur les skis. J'en profite pour les remercier de leur accueil et leur glisser un clin d'œil bien mérité. Le Cambre d'Aze est sans conteste l'un des plus beaux terrains de jeu de la région. 

La station connait une nouvelle dynamique et séduit de plus en plus de monde. Chacun y trouve son plaisir, qu'il s'agisse des pistes de la station, des itinéraires de ski-alpinisme ou de fresski entre les sapins...

Le lundi, nous prenons donc la route du Val d'Aran à la première heure pour profiter de la neige tombée en masse durant la nuit. À peine arrivés, Lionel charge les skis pour une rando entre les sapins jusqu'au refuge de Montgarri. Après être montés jusqu'au sommet de la station de Baqueira-Beret, noyés dans le brouillard, nous longeons la crête avant de replonger dans la forêt. Une fois dans les sapins, le brouillard se dissipe et je peux me concentrer sur les arbres qui traversent ma route sans prévenir...

L'apprentissage accéléré se déroule plutôt bien, l'appareil passe une bonne partie de l'après-midi dans le sac. D'abord skier, les photos on verra après...

 

Lionel travaille avec Myriam et David au sein du bureau des Guides du Val d'Aran, société qu'il a fondé il y a quelques années. Leur bureau est situé dans le village de Vielha, en contrebas de la station renommée de Baqueira-Beret. Ils encadrent le ski qu'ils pratiquent et qu'ils apprécient, bien souvent des journées en ski de rando dans leurs spots favoris, qui se terminent autour d'un bon verre de vin et de quelques pinchos. 

Je crois que c'est ici que je dois vous parler de "ce qui va avec le ski mais qui n'est pas du ski", on appelle ça la culture ski !

Cette fameuse culture ski prend différentes apparences selon les régions: la fondue, le reblochon et le génépi dans les Alpes laissent la place aux pinchos, au jambon et au vin rouge dans les Pyrénées mais le principe reste le même : faire des excès sous prétexte que l'on a une harassante journée de ski dans les jambes ! Passage obligé, Lionel m'a donc fait découvrir toutes ses meilleures adresses... de loin, la partie la plus dure du séjour. 

 

Les étapes "ski de rando" et "culture ski" étant validées, il était temps de passer à la suite du programme : l'Héliski ! 

Quelques cafés pour chasser les vapeurs de la veille et nous prenons la direction du bureau pour le briefing de la journée. Lionel et David s'apprêtent à accompagner des moniteurs en formation pour les sensibiliser à la nivologie et aux risques de l'encadrement en montagne. 

Le briefing est l'occasion de prendre la mesure de la journée qui m'attend, mais il me semble que nous sommes tous logés à la même enseigne, une sortie en Héliski reste une activité inhabituelle et nécessite la même concentration pour tout le monde : guides, skieurs... ou photographe ! 

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Après quelques minutes de vol, l'hélicoptère nous drop au sommet. Je tente de mettre de côté l'appréhension pour me focaliser sur le ski, je m'applique pour rester dans les traces de Lionel et savourer l'expérience que je suis en train de vivre. C'est clairement pour ça que je voulais skier, découvrir une nouvelle activité et profiter de la montagne autrement. Pour le coup je crois que le contrat est rempli. Le spot est fabuleux, la neige est parfaite, il est tombé plus de 20 cm de poudreuse et nous passons la matinée à faire les premières traces sous un grand ciel bleu. 

En fin de matinée, nous rejoignons la station abandonnée de La Tuca. Surplombant la ville de Vielha, la Tuca a été victime de la concurrence de sa grande soeur Baqueira. Elle a fermé ses portes il y a plus de 20 ans, devenant au fil des ans l'un des meilleurs spots de freeride de la région. Lionel nous propose de redescendre par l'un de ses spots secrets. On quitte les larges étendues enneigées pour rejoindre la forêt et une succession de combes entre les sapins, toutes plus belles les unes que les autres... le paradis version Val d'Aran ! 

Je dois avouer que je ne m'attendais pas à une telle claque. Depuis la découverte de l'escalade, je n'avais pas ressenti cette agréable sensation de mettre les pieds dans un nouvel univers passionnant... et je crois que cette fois-ci, comme avec l'escalade, j'y suis jusqu'au cou ! 

Alors merci à Lionel pour m'avoir permis de mettre un pied dans le monde du ski. On se revoit à la prochaine chute de neige...

 

Cambre d'Aze / Baqueira-Beret / Guides du Val d'Aran / Urtau / blackcrows / Patagonia                        #valdaran #baqueira #cambredaze #freeski #guidevaldaran 

HOSANNA

Le 20 Octobre dernier, Cédric Lachat défrayait à nouveau la chronique, libérant en trois coups de cuillère à pot une nouvelle grande voie extrême dans les gorges du Verdon. Hosanna, puisque c’est d’elle dont il s’agit, à été équipée par Patrice Glairon-Rappaz en 2012, à l’extrême droite du secteur très en vogue de la Ramirole. 

Accompagné de son acolyte Fabien Dugit, il n’aura fallu à Cédric qu’un seul et unique essai pour tordre ce monstre de continuité de 160 mètres pour 60 mètres d’avancée ! Les deux compères avaient repérés et calés toutes les longueurs de la voie lors d’une première visite avant de revenir quelques jours plus tard pour l’assaut final. 

Au menu, cinq longueurs estimées à 8B, 8B/+, 8B/+, 8C, 7B+… l’addition est vite faite, « Hosanna devient la grande voie la plus dure de France et l’une des plus dures au monde » dixit notre machine Suisse !

Bien évidemment, si je vous parle de cet exploit ici c'est que j'étais dans les parages ! Cédric m'as demandé de rejoindre l'aventure afin d'être à leur côtés lors de l'enchainement pour illustrer leur ascension. 

Travailler dans une telle face n'était pas une mince affaire, histoire de vous donner un aperçu de ce que nous avons vécu, je vous propose ma version des faits, rédigée pour Grimper magazine

Quelques jours plus tôt, un autre projet m’avais amené à travailler à la Ramirole, on m’avait alors parlé de cette fameuse Hosanna. J’avais jeter un oeil le lendemain à la ligne et je me rappelle m’être dit que faire des images dans ce dévers serait une sacrée mission… 

Deux semaines et quelques sms plus tard me revoilà à la Ramirole, pendu sur ma stat, dans la première longueur de Hosanna pour photographier notre suisse national…

Le boulot de photographe nous amène à être aux premières loges, nous sommes les premiers témoins de l’action, au plus près du grimpeur lorsque son assureur est 40 mètres plus bas. C’est une place de choix où on assiste au pire comme au meilleur. 

Cette fois-ci, Cédric m’en a donné pour mon argent ! 

On est passé par toutes les émotions. Lorsque Cédric a arraché une prise au deux tiers de la troisième longueur, j’ai compris à son regard qu’il était dépité et que la suite serait compliquée. Il avait déjà beaucoup donné. Pourtant il a pris sur lui, recalé une nouvelle séquence sans cette prise puis il a rejoint le relais tant bien que mal et a remis un essai ! Lorsqu’il m’as rejoint au relais quelques minutes plus tard on étais hallucinés et contents mais on savait que le plat de résistance nous attendait juste au-dessus dans cette énorme planche à 60°.

Le portaledge nous a permis de décompresser et de raconter quelques conneries avant cette dernière longueur clé. L’ambiance était vraiment top avec Fabien et Cédric, tout roulait, chacun savait ce qu’il devait faire. Ils se connaissent vraiment bien et savent se mettre dans les meilleures conditions pour abattre ce genre de projet, mais là, très franchement je donnais pas cher de notre peau…Cédric semblait vraiment fatigué et la nuit n’était pas si loin. 

Il a décidé de remonter dans la voie pour recaler les mouvements puis est redescendu sur le ledge et s’est encordé aussi sec pour mettre un essai ! Il savait que c’était la dernière cartouche, qu’il fallait pas faire d’erreurs. Je crois que j’ai vibré autant que lui dans le dernier crux de la voie, j’étais au grand angle donc vraiment très près, c’était juste fou !!

On savait que l’affaire était pliée, la dernière longueur n’était qu’une formalité. Il ne restait plus qu’a fêter ça dignement !  

Franck Andolfato était également de la partie avec son drone et nous offre ces quelques images hallucinantes pour une vidéo signée BartAs Productions ! 

 

RENTRÉE ALTISSIMO

Nouvelle collaboration avec Altissimo, leader français des salles d'escalade, qui lance une nouvelle campagne de publicité pour la rentrée 2016. Un projet et un cahier charge innovant pour un résultat plutôt réussi ! Un travail réalisé en partenariat avec le studio Bena Design, en charge du graphisme de la campagne. Travaillant cote à cote, nous avons pu réfléchir au projet dans son ensemble et ainsi anticiper le shooting pour créer une image sur mesure. 

Une initiative à mettre au crédit de l'entreprise Altissimo, qui sort des codes habituels et mise sur des visuels de qualité.

Ambiance studio chez Altissimo en cette rentrée 2016, j'ai donc troqué mon baudrier pour les flashs studio Elinchrom. Les photos étant dédiées à un affichage très grand format, j'ai donc utilisé un boitier à la résolution élevé et dédié à la photo studio, en l'occurence un Nikon D810. 

Tour d'horizon des différents supports réalisés :

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ENTER THE ZONE

Première parution dans The Red Bulletin, le magazine produit par RedBull Media House. Le sujet n'est autre que le plus frenchie des grimpeurs anglais, Sir James Pearson. Un grimpeur extrêmement complet, capable de repousser les limites du tradclimbing, de tordre des voies dans le neuvième degré et de prendre part à des expéditions sur les plus hautes faces de la planète. Deux journées à sillonner les spots favoris de James, suspendus dans les dévers de Russan puis dans les célèbres Calanques de Cassis et leurs grandes voies surplombant la mer.

 C'est un réel plaisir de bosser avec James et son flegme légendaire, habitué de ces interminables séances photos, il connaît les attentes des photographes et les contraintes d'un shooting sur corde. Il est tout a fait capable de rester pendu plusieurs secondes pour permettre au photographe de faire une image parfaite ! Pour ne rien gâcher,  nous avons eu de superbes créneaux avec une lumière parfaite.

" I developed a system where if the moves were hard, my logical mind would turn off, my body would take over and I would be in this little body of calm where nothing was scary and the physical side go things felt easier. " 

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Le numéro complet du Red Bulletin ici !

ROAD TRIP CEVENNOL

Certains projets vous tiennent particulièrement à coeur, c’est indéniablement le cas pour cette vidéo réalisée en partenariat avec le bureau des moniteurs Escalosud. L’approche du canyoning qu’ils proposent leur est bien propre, elle transpire de la passion pour leur métier, de l’attachement qu’ils ont pour cet écrin somptueux que sont les Cévennes et la sensibilité avec laquelle ils abordent et font découvrir cet écosystème fragile. Antonin Cherbonnier et Antoine Bonnet sortent de la course effréné qui caractérise généralement cette activité estivale, pour prendre le temps de s’imprégner du lieu et transformer le Canyon de Tapoul en véritable Road Trip Cévenol !

Un terrain de jeu sans limite, une liberté et une confiance totale pour un projet qui nous plaît et qui appelleras un deuxième volet très bientôt.